Aux gardiens des maisons longues : une introduction aux arts Dayak

Le nom même de Borneo véhicule tout un imaginaire exotique dans lequel des tribus de coupeurs de têtes cohabitent avec les féroces animaux d’une jungle inextricable et hostile !
Joseph Conrad en a fait la toile de fond de son premier roman La Folie Almayer en 1895, ayant pourtant été informé, rappelle-t-il dans sa préface, que …

« dans sa critique de cette littérature qui fait sa pâture de gens étranges et hante les pays lointains, à l’ombre des palmes, dans l’éblouissement cru de places écrasées de soleil, parmi d’honnêtes cannibales et des pionniers plus évolués de nos glorieuses vertus, une dame… a résumé la désapprobation qu’elle lui inspire en disant que les récits qu’elle produisait étaient « décivilisés ». »

Et pourtant… admirable roman où flotte une épave d’Occident entre le monde des indigènes et celui des colonisateurs, plongé au coeur d’une nature somptueuse et indifférente.

Bornéo de nos jours est tout sauf « décivilisée », et je n’ai pu que constater cet été les ravages de la déforestation au profit de la culture de l’huile de palme et le développement du tourisme de masse asiatique dans les stations balnéaires. La Malaisie orientale (Sarawak et Sabah) offre un visage résolument moderne et les musées d’ethnologie de ces deux états affichent sans pudeur les crânes que les anciens Dayak avaient ôtés à leurs ennemis, témoins aux yeux des Malaisiens contemporains, d’un lointain et regrettable passé et d’ineptes croyances.

Maison longue, Banting © de l’autrice, août 2016

Pourtant, si l’on accepte de passer quelques heures dans une sommaire pirogue motorisée, il existe des villages paisibles où se construisent encore des maisons longues (modernes avec des toits de tôle) et qui connaissent les grandes fêtes Gawai pour la récolte du riz où chantent les gongs, dansent les costumes traditionnels, se dressent les grands calaos de bois, et se consomme sans modération l’enivrant tuak !

Maison Longue © Tropenmuseum TM-10018343, entre 1900 et 1930.

Mais les vieilles histoires sont perdues et il me faut rechercher dans les écrits des missionnaires, des explorateurs, des administrateurs de la fin du XIXème siècle ou du début du XXème, et dans les rares catalogues d’exposition, le sens des objets que nous pouvons admirer dans « nos » musées ou galeries.

Détail d’un Hampatong © Musée du Quai Branly 70.2001.27.500

Photo 1 :Photo in article 24 septembre 1841. L’aventurier britannique James Brook devient le rajah des coupeurs de têtes de Bornéo © Le Point

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