Les cabinets de curiosités ont toujours exercé une fascination sur moi, ces lieux où l’improbable côtoie l’inattendu, rappelant le mur de Breton, et où chaque objet pose une question en soi.
C’est avec cet esprit que j’ai découvert la revue Documents, qui se distingue des surréalistes par son approche : pour elle, un objet est intéressant par son témoignage, et non par son mystère. Cette revue, éphémère mais marquante (1929-1931), portait en sous-titre « Doctrines, archéologie, beaux-arts, ethnographie » et était dirigée par trois figures désormais incontournables : Georges Henri Rivière, Georges Bataille et Carl Einstein.
Dans l’entre-deux-guerres, Documents n’était pas la seule à explorer les interrogations autour de l’oeuvre d’art et du statut des objets. Les célèbres revues Cahiers d’art et Minotaure partageaient également cette quête.
L’exposition qui se tient actuellement au musée du Quai Branly et jusqu’au 22 juin prochain, intitulée « Objets en question« , et interrogeant les croisements entre surréalisme, ethnologie et archéologie dans la période de l’entre-deux-guerres est à ce titre, passionnante.
Les commissaires ont choisi pour parti pris de découper la présentation en quatre parties qu’ils nomment constellations, car qu’est-ce qu’une constellation dans le ciel, si ce n’est le rapprochement arbitraire d’étoiles situées à différentes distances et qui semblent former sous nos yeux une objet, un animal, un personnage…
Celles-ci sont intitulés respectivement : Terrain – Fouilles – Cadavre exquis – Double musée.
Les trois premières « constellations » font écho aux catégories mentionnées sur l’affiche : Archéologie, Ethnologie et Avant-Garde. Quant au concept de double musée, il soulève des questions fondamentales : « Qu’est-ce que l’art ? » et, si une grande majorité d’objets peuvent être considérés comme de l’art, comment les valoriser ?

Cette notion a vu le jour en 1934, lors de la Conférence de Madrid sur la muséographie moderne, qui proposa une solution : exposer au public les objets les plus « spectaculaires » (par exemple, dans une salle du trésor) et réserver les objets à vocation documentaire pour les galeries d’études.
Une recommandation qui n’apporte pas vraiment de solutions et laisse ouvertes les grandes interrogations sur la nature des oeuvres d’art et les modalités de leur présentation muséale.
Photo 1 : L’objet invisible, 19314-35, Alberto Giacometti – Fondation Maeght.
Photo 2 : Le labyrinthe, 1938, André Masson – Centre Pompidou Paris.
Photo 3 : Brassaï « Du mur des cavernes au mur d’usine » in Minotaure, Paris, 1933, n° 3-4, p.6-7
Photo 4 : Femme tenant l’Objet désagréable, 1931, Man Ray – Centre Pompidou Paris.


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