Tout commence par une sublime méprise. Lorsque les premiers spécimens parviennent aux savants européens du XVI° siècle, ils ont été préparés selon les modes locaux de taxidermie — sans pattes. De cette absence naît un mythe : des créatures sans attaches terrestres, volant perpétuellement vers le soleil, se reproduisant en plein ciel. On les nomme pássaros do sol en portugais, Avis paradiseus en latin. Une iconographie s’élabore, nourrie de récits de voyages et de créatures mythiques, bien avant que quiconque en Europe n’ait pu en observer un vivant.
C’est cette longue histoire — de l’oiseau rêvé à l’oiseau porté, échangé, chassé, chanté — que déploie l’exposition Plumes du Paradis, actuellement au musée du quai Branly-Jacques Chirac. Une exposition dense qui ne cesse de déplacer le regard : ce que l’Occident a longtemps contemplé comme curiosité naturelle ou ornement exotique est, pour les peuples de Nouvelle-Guinée, une forme de connaissance du monde, un langage, une présence.
Lire la suite sur Détours d’Océanie
Photo : Détail d’un ensemble d’oiseaux empaillés et mise en scène par Rowland Ward, taxidermiste (fin 19e siècle) de Nouvelle Guinée et des Raja Ampat © collection Zebregs&Röell
Laisser un commentaire