1913-1923 : Révolution artistique à Paris

1913–1923 : L’esprit du temps, c’est le titre de la nouvelle exposition du musée du quai Branly, visible jusqu’au 20 septembre 2026. Elle ressuscite quatre figures moins connues que Paul Guillaume, le marchand vedette de l’époque : Joseph Brummer, Charles Vignier, André Level et Henri Clouzot, tous acteurs d’une décennie décisive pour la reconnaissance des arts d’Afrique et d’Océanie. Cet arrière-plan historique est accompagné d’une sélection d’oeuvres iconiques avec une prédilection pour les oeuvres du Gabon et de Côte d’Ivoire.

Joseph Brummer, aidé de ses frères Ernest et Imre, en est le premier promoteur, auprès du tout-Paris. Sa « tête de Brummer », une tête reliquaire Fang paraît dans un face-à-face avec la Tête de Fernande de Picasso dans une revue cubiste tchèque :

Charles Vignier fut à la fois poète, expert d’arts asiatiques à Drouot, galeriste rue Lafitte. En mai 1913, il achète dix-huit pièces africaines à Brummer pour une exposition de près de 500 objets. Ci-après la page du catalogue de l’exposition correspondant aux oeuvres africaines exposées en mai 1913 dans les galeries Levesques.

© Gallica

André Level, homme d’affaires et collectionneur de l’avant-garde, entre dans les arts africains et océaniens au contact de Guillaume et Matisse. Il en devient théoricien, leur consacre articles et ouvrages, puis ouvre une galerie en 1923 — année où il est aussi commissaire de la première exposition « d’art indigène des colonies françaises », au pavillon de Marsan. Stephen Chauvet en fait un compte-rendu dans un petit ouvrage paru en 1924 : Les arts indigènes des colonies françaises.

Henri Clouzot, oncle du cinéaste — est l’érudit de la bande : historien de l’art, ancien responsable de la bibliothèque Forney, conservateur du musée Galliera. Spécialiste de l’art européen classique, il accompagne Level dans ses écrits sur les arts extra-occidentaux.

Sans oublier naturellement Paul Guillaume qui, lui, commence sa carrière à vingt ans comme commis chez un marchand de pneus, décorant les vitrines de statuettes africaines reçues de producteurs de caoutchouc. On connait son parcours… Bénéficiant de l’absence de concurrents écartés par la guerre, il organisera en mai 1919 à la galerie Devambez la première exposition d’art nègre et océanien — 147 œuvres, dont une vingtaine d’Océanie.

Reléguée en mezzanine, un peu dans l’ombre de l’exposition Plumes du paradis, L’Esprit du temps cultive presque malgré elle une discrétion qui ne lui rend pas justice. Car le travail de Bertrand Goy y déploie une grande intelligence dans le propos et le choix des œuvres. On en ressort avec le sentiment d’avoir fait une belle découverte, intime et précieuse — une bonne raison de ne pas manquer ce détour !

À noter un très instructif catalogue !

Photos de l’autrice, mai 2026 au musée du Quai Branly Jacques Chirac.

Un commentaire sur “1913-1923 : Révolution artistique à Paris

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  1. Magnifique expo, bien complétée par la collection Ladreit de la Charrière (36
    oeuvres valeur 52 millions euros)
    Cette période est passionnante, mais elle commence plus tôt, avec les même marchands, mais aussi les poètes, peintres, romanciers (cf. Yves Créhalet, »1906, déflagration de l’Art nègre dans l’Art moderne »)

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